À la recherche du prince perdu / Sorin Lazăr

Avant de s’évanouir à jamais, le petit homme aux cheveux blonds dorés m’avait posé cette question un peu enfantine, pointant un doigt vers le ciel.

-Vois-tu cette étoile, là-haut?

J’ai scruté le large dos de la voûte céleste et lui répondis que je ne voyais rien, rien du tout.

– Alors, c’est parfait. Je serai seul à la suivre.

Le voilà propulsé comme une comète pourvue d’une crinière blonde, élégante, alimenté par les battements accélérés de son cœur et porté par la force des ailes invisibles de l’enfance. Le cœur est une planète en soi qui, toujours à la recherche d’une orbite, tourne en faveur de la vie.

Je suis donc resté seul, condamné à hurler à cette étoile lointaine et poussiéreuse qui m’était inaccessible, comme un loup préhistorique, avide de territoire et de lumière.

L’espace est lui aussi une sorte de désert, mais les étoiles, remplaçant les puits, offrent des oasis d’allégresse. Ce n’est pas par hasard que les planètes se regroupent autour d’une étoile salutaire, comme le font les troupeaux qui se hâtent et se serrer autour de leur berger, effrayés par les dangers extérieurs.

Au cours de ce voyage à travers le temps, le petit prince eut beaucoup de chance, car il ne tomba pas en «panne de cœur». Son corps perça la mince atmosphère, semblable à une boule de savon qui flotte au milieu de la générosité monstrueuse de l’espace cosmique. Perdu dans ses pensées roses, son arrivée donna naissance à une tempête de neige. Son écharpe servit de parachute pour un atterrissage des plus doux. Il ouvrit ses paupières, électrodes minuscules, sur un paysage regorgeant de cascades d’encre bleuâtre et de lacs multicolores formant une boîte géante d’aquarelles. Sur les crêtes se dessinent des forêts de punaises, flanquéesde collines chauves, lisses, prêtes à être peintes par un démiurge inconnu de l’avenir.

Son nez frémit grâce à cette odeur fraîche, dégagée par les vapeurs d’encre et de peinture. Cela aurait pu le soûler, telles des vapeurs d’eau de vie : tout sentait le neuf. Pourtant, le fragile voyageur n’y trouva pas âme qui vive.

– Oh, quelle planète ! Elle est comme une immense librairieen plein air, un endroit obsédé par la mémoire, malade d’éternité. Il se déplace, aérien, son faible poids lui donnant l’allure d’un moineau. Après une heure passée à sautiller, il découvrit une grotte à l’intérieur de laquelle il aperçut une peinture rupestre représentant un mouton mâchant une fleur, signes d’une ancienne civilisation. Au bout de quelques instants, il croisaune drôle de créature, une bestiole dotée d’un visage de castor et d’une carapace grossière de tortue.

– Bonjour Monsieur castortue !

– Bonjour Monsieur ! J’ai rongé tous les crayons de la planète et maintenant le destin m’a puni. Je n’ai plus de dents et je ne peux plus me construire de maison. Je suis condamné à porter cette carapace sans pouvoir y dégagerma lourde tête. Êtes-vous ingénieur ?

– Ah, comme c’est désagréable ! Je ne suis qu’un ingénieur du cœur. Je sais revêtir les chemins interstellaires de bonnes intentions avec toute la cohorte de rêves qu’ils entraînent derrière eux. Pour te sortir de là, il te faudra du bois. Et pour en avoir, tu ne peux que planter et attendre.

– Colonise-moi ! Planter, c’est presque déjà coloniser. Attendre ensemble, c’est cela poser les fondements d’un foyer.

Après cette aventure, le petit prince pensa que le fait de coloniser n’était pas un jeu pour enfants. Parfois, on a besoin de visiter plusieurs planètes afin de devenir une grande personne. Il faut imaginer ce petit homme sérieux.

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